L'institut Confucius, l'invasion par la culture

Centre culturel ou nouvel outil politique de propagande chinois ?

1 déc. 2009 Françoise Angrand

"Quand la Chine s'éveillera" n'est plus d'actualité. La Chine est réveillée, elle le fait savoir en s'insérant peu à peu dans tous les domaines économiques et culturels.

Alors que la pénétration de la Chine dans l'économie mondiale est de plus en plus importante et que se met en place une gigantesque toile d'araignée dans le paysage du business occidental, voilà que la Chine s'insère dans une autre niche pour distiller sa culture sur tous les points du globe. Le premier Institut Confucius, lancé en 2004 en Ouzbekistan, s'installe peu à peu dans toutes les villes d'Europe et du monde.

Les Chinois et le reste du monde

Avant d'applaudir à cette initiative, il est bon de bien connaître l'attitude qu'a toujours eu la Chine vis-à-vis du reste du monde. Que ce soit dans son histoire ancienne ou son histoire contemporaine, la Chine se considère avant tout comme l'Empire du Milieu. Le sens même de « milieu », zhong en chinois, est bien plus qu'une indication géographique sur un planisphère. Il transmet également l'idée de « justesse », dans le temps et dans l'espace, dans la pensée. C'est le moment juste, pour accomplir une action juste, c'est la concordance des éléments dans laquelle s'insère l'acte.

La Chine, terre où règne « l'ordre juste », et qu'il est nécessaire de protéger de ses voisins. La construction de la grande Muraille en a été une démonstration à une échelle monumentale. Elle est ni plus ni moins qu'un « mur construit autour de sa maison pour empêcher les voisins de piquer les fruits de son verger ». Au sein de ces murs s'est développée une civilisation unique au monde, qui tient du génie. La culture chinoise est un univers à elle seule, dans lequel l'esprit se perd et s'élève de bien des manières.

Par la suite, d'autres murailles ont été construites, tout aussi efficaces : impérialisme mandarinal, politique d'expansion avec le rassemblement des Royaumes combattants, politique d'isolement, et aujourd'hui encore, la Chine s'exporte mais ne laisse pas rentrer grand monde dans ses « murs ».

La Chine et sa culture

À une époque récente, la Chine, ses murs toujours clos, a tourné carrément le dos à son histoire, à son passé et à son génie, dans le but de construire une nouvelle civilisation ex-nihilo, nettoyée de son patrimoine et de sa culture. Aujourd'hui, les Chinois que vous rencontrez dans le quotidien ne possèdent pratiquement aucune culture de leur passé. On peut se demander alors, où et comment ont été formés ces « éminences » venues des plus prestigieuses universités chinoises pour distiller la bonne parole aux Occidentaux, via les Instituts Confucius.

Les Chinois qui arrivent en Occident n'ont généralement aucun respect pour ceux qui leur ont préparé le terrain depuis des décennies : les sinologues occidentaux ou chinois expatriés, les groupements de recherche et de diffusion des arts internes chinois comme le Tai chi, le Qigong... Ils les considèrent comme des pilleurs de tombes, usurpateurs de leur civilisation, qui les empêchent de prendre la place qui leur revient de droit. En effet, bien qu'ayant eux-mêmes renié leur culture, ils estiment aujourd'hui avoir la propriété inaliénable sur celle-ci.

Humanisme ou profit ?

Depuis longtemps les Chinois se sont implantés sur le continent africain : déplacement massif de population chinoise, sans intérêt pour la culture du pays d'accueil, et sans offrir en échange des perspectives d'emploi aux populations locales. Achat à grande échelle pour un prix dérisoire des terres cultivables pour planter ce qui nourrira non pas les Africains mais les Chinois, le tout sous les couleurs d'un racisme latent. On sourit donc en lisant les discours d'inauguration de l'institut à Lomé : « ... l’ouverture de l’Institut permettra le transfert de technologies, le renforcement de la coopération entre le Togo et la Chine à travers la culture, la science et la technologie de l’information et de la communication, l’échange d’enseignants-chercheurs et d’étudiants et le développement du commerce bilatéral ». La question reste entière sur la nature de ce commerce bilatéral et un étudiant togolais de poser la question : « Le seul apprentissage de la langue chinoise permettra-t- elle aux nôtres de bénéficier du savoir-faire chinois ou bien est-ce une nouvelle "colonisation linguistique" que nous importe la Chine avec le seul but de servir les intérêts du maître dans d’autres sphères ? »

La Chine a été prompte à déceler les profits qu'elle peut tirer de l'attrait qu'exerce sa culture millénaire sur les autres nations. L'expansion mondiale des instituts Confucius témoigne d'une volonté de ne pas laisser une goutte s'échapper de la source bénie : 326 institus déjà implantés dans 81 pays depuis 2004, et à ce rythme, la terre entière sera bientôt « ensemencée » par ces nouveaux gurus asiatiques.

Il faut juste espérer que les populations locales ne se laisseront pas trop subjuguer, et qu'elles sauront reconnaître qu'il ne suffit pas d'avoir les yeux bridés pour se prévaloir d'une compétence.

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Regards critiques sur l'Institut Confucius

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Angers reçoit le 12e institut Confucius en 2009, Ouest France Angers reçoit le 12e institut Confucius en 2009
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